En octobre 1955, j’avais 14 ans et j’étais en classe de troisième au Collège Moderne de la rue du Commandant Arnould, établissement qui à l’époque accueillait les élèves de la sixième jusqu’aux classes qui conduisaient à l’obtention de la deuxième partie du baccalauréat.
La classe de troisième préparait au B.E.P.C. véritable examen sanctionnant la fin des études du 1er cycle.
Notre professeur de Français nous avait donné comme devoir à faire à la maison une dissertation dont le sujet consistait à décrire une de nos places préférées de Bordeaux, à l’approche de l’automne.
Petit « banlieusard » résidant au sud de Bordeaux, je ne connaissais que … la place Gambetta !
Je me revois donc, un matin humide d’une des toutes premières semaines d’octobre, muni d’un petit carnet et d’un crayon, pour noter tout ce qui pourrait me permettre de nourrir la description demandée par notre professeur.
De l’architecture de la place à l’atmosphère qui y régnait, du nom des arbres au changement de couleur de leur feuillage, du flétrissement des dernières fleurs des massifs au balayage des allées par des hommes et des femmes munis de longs balais de brande, sans oublier la diversité des chants d’oiseaux, avec mes mots, je remplissais les pages de mon modeste carnet.
J’étais donc en plein travail d’observation et de transcription lorsque je fus approché par une vieille dame munie d’une sacoche qu’elle portait accrochée au cou, vieille dame qui sans aucune explication, en échange d’un billet qu’elle me tendait, me demanda de bien vouloir payer quelques dizaines de centimes de francs … au prétexte que j’étais assis sur une chaise !!!
C’est en rentrant chez moi le soir que ma mère (qui, elle, était Bordelaise) m’apprit que si j’avais été assis sur un banc je n’aurais rien eu à payer.
Certes le fait est anecdotique et qu’y ajouter …
Ceci.
Il y a plus d’un demi-siècle la place Gambetta était connue et considérée comme LA place de Bordeaux, de Bordeaux dont elle figurait LE centre.
A l’époque, comme toutes les autres places, parcs et jardins de la ville, en plus des bancs, d’innombrables chaises que l’on pouvait déplacer à son gré permettaient de s’asseoir et de se reposer à condition de s’acquitter d’une modique somme à laquelle il était difficile de se soustraire tant il était difficile de prendre en défaut la vigilance des « chaisières » (c’est ainsi qu’on les nommait).

Merci, Bernard, pour votre émouvant témoignage !