Traverser une place lorsqu’on est piéton : une pratique quotidienne pour tout citadin. En prenant exemple sur la place Gambetta, on se rend compte que ce geste habituel a évolué dans le temps, et que les aménagements liés à une traversée sont représentatifs d’une manière de penser la ville.

Il y a 50 ans, pour traverser la place Gambetta, un passant ne doit absolument pas ralentir le flux des voitures : aussi, pour traverser 20 mètres, il fallait descendre puis remonter la vingtaine de marches d’un des tunnels piétons de la place.

Devenus des espaces de rencontre à risques, la mairie décida de boucher les tunnels dans les années 60. Désormais, pour traverser la place, piétons et voitures devaient attendre le signal du feu automatique. Quel que soit les heures du jour et les volumes de déplacements, c’est toujours le même temps qui dictait qui doit passer quand.

Et puis, en 2008, un nouveau régulateur de circulation apparaît au sud de la place Gambetta, entre la rue du Docteur Nancel Pénard et de la Place Gambetta. Ce nouveau régulateur n’est autre que le cerveau humain. Plus de feu, désormais, c’est aux passants et aux voitures de décider qui gêne le plus l’autre. Au travers d’un simple regard, d’une appréciation de chacun, la traversée devient intuitive. Voitures et piétons coexistent et échangent, même si ce n’est qu’une fraction de seconde!Les passages sont fluides, malgré l’importance des flux, que ce soit pour les piétons sur l’axe Est/Ouest, ou pour les voitures sur l’axe Nord/Sud.

Conforté par l’efficacité de cette régulation, Bordeaux Métropole supprime d’autres feux : en 2015, cours d’Albret, au niveau de la station de tramway Palais de Justice, et d’ici quelques années, entre la place de la Victoire et le Cours Aristide Briand. Qu’elle est loin, l’époque des tunnels !

Hugo Réveillac