Jean-Louis et Olivier.

Au mois d’août, sur la place Gambetta, il y un peu moins  d’habitués…ou ils  sont moins pressés…ou c’est moi qui le suis moins pressé…bref, je les ai tout de suite remarqué ces deux là !  ils avaient l’air heureux…ils étaient heureux !,  souriants et blaguant avec les passants…c’était vraiment étonnant de les voir là, faire la manche, assis devant la vitrine d’Evelyne, joyeux…comme s’ils jouaient au clochard…comme s’ils avaient rien à perdre…(mais d’ailleurs qu’est-ce qu’ils avaient à perdre après tout !)…je leur ai donné une grosse pièce et ils m’ont remercié avec une grande gentillesse.  Je les ai revus un peu plus tard dans la journée et leur ai donné encore une pièce…plus petite  (c’était presqu’un plaisir que de les côtoyer ) et le plus âgé (Jean-Louis) m’a dit :’’ euh, non… vous nous avez déjà donné…c’est très bien comme ça…enfin  merci beaucoup’’….étonnants vous dis-je !

Au mois d’août, il fait beau sur la place Gambetta , le soleil joue aux ombres sur la pelouse …il y a moins de voitures…on trouve plein de prétextes pour sortir…et presque toutes  les fins d’après-midi,  je retrouvai  Jean-Louis tantôt seul,  tantôt accompagné d’Olivier et chaque pièce ajoutée dans leur écuelle alimentait les pièces du puzzle de leur vie…Olivier était boucher et devait partir très bientôt à Londres pour du travail…plutôt traverser la manche que de continuer à la faire… Jean-Louis avait été concierge à Nancy  mais  une maladie de peau  lui avait fait blanchir et grossir les mains et ses employeur s’étaient débarrassés de lui de façon bien cavalière…il était passé par Paris puis avait filé vers le sud et décidé de s’installer à Bordeaux … il avait demandé de l’aide pour un logement … une chambre allait lui être allouée dans les semaines à venir…

Au mois d’août, dans mon atelier de la place Gambetta…il y a moins de commandes…alors je croque de-ci  de-là …je prends mon temps , j’ai dessiné Jean-Louis et Olivier et j’ai voulu leur donner le croquis , mais ils ont juste accepté une photocopie…puis le magasin d’Evelyne accueillant des tapis de Turquie…était maintenant voué aux tapis de jeux…les travaux firent fuir nos deux amis rue Judaïque à côté de la pâtisserie Royale…Jean-Louis me montra un soir une clé, sa clé !   il me dit qu’il avait une jolie pièce avec salle d’eau , w.c., un endroit pour faire la cuisine et sa fenêtre donnait sur un parc arboré…il n’était plus heureux mais ‘’bienheureux’’ et nous nous sommes serrés dans les bras l’un de l’autre.

Le mois d’août, place Gambetta comme partout,  ne dure pas éternellement vient le mois de septembre et Martine et moi sommes partis pour 8 jours sur les bords de la Méditerranée…nous avons revu plein de gens que nous aimons, en avons rencontré d’autres que nous aimons déjà…puis nous sommes revenus…place Gambetta. En rentrant d’une balade en ville arrivé devant la porte de l’immeuble je croise le regard d’Olivier assis devant la porte du magasin en chantier. Je plaisante :’’ eh bien vous n’êtes pas chez les rosbeefs ?’’et lui de me répondre tristement ‘’ j’ai repoussé mon voyage à cause du …départ de Jean-Louis…’’  Jean-Louis est parti… ??? et j’ai compris …il est parti…parti ?  Olivier m’a alors expliqué qu’on l’avait trouvé étendu entre sa chambre et son cabinet de toilette …une attaque cardiaque soudaine et irrémédiable…nous étions tous les deux malheureux et nous nous sommes serrés dans les bras l’un de l’autre.

Après le mois de septembre à Gambetta comme en Angleterre comme partout vient le mois d’octobre…Olivier et parti chez les english, le magasin de tapis de jeux (courses hippiques en ligne) va bientôt ouvrir et les marronniers ont pris des couleurs dorées… hormis celui devant chez nous qui , comme tous les ans, refleuritgambetta JLetOL.  C’est un marronnier rose et ses fleurs entourées de belles feuilles vert tendre ressemblent à des danseuses de flamenco dans un jardin andalou …et Jean-Louis : il est où ?       de Bernard Deubelbeiss